Le jeune faune (Conte musical)
C'est en lisant quelques posts de The Dude, que j'ai eu envie de rééditer ici, mon jeune faune ...
Bonne écoute et bonne lecture
Télécharegable ici
Le jeune faune, premier chant
Il s'assit, là près du chemin qui mène au
ruisseau.
Le printemps, la douceur de l'air, la vie qui
se réveille sous les dernières plaques de neige grise
et ruisselante, ne l'enchante plus comme avant.
Ses
pairs lui ont bien expliqué qu'il était temps pour lui
d'aller jouer avec les naïades, les ondines et autres nymphes de
ruisseau.
Leurs frôlements, leurs oeillades et
invitations à aller se rouler dans la mousse ne l'attire pas.
De fait, il se trouve un peu seul.
Beaucoup
de ses camarades de son âge, chassent la demoiselle aux abords
des villages humains.
Lui, ne comprend pas ces jeux.
Pourtant, la vie tourne en lui ; sa musique existe,
mais il ne sais à qui la jouer, alors il joue son air pour
lui.
Cela fait quelques temps déjà qu'il
en a pris l'habitude ; il en a même acquis une certaine
expertise.
Petit, à peine savait il parlé,
il a découvert que sa flûte était un instrument
de plaisir ; que les son qu'il en tirait était, au début
agréable, un peu plus tard envoûtant, et maintenant
déroutant, se finissent dans roulement silencieux de trilles
qui sort des tripes.
L'année dernière, il
a bien essayé de partager son expérience de la musique
avec quelques copains, mais, c'est pas facile de parler de ceci à
d'apprentis joueur de piston, qui s'exercent en utilisant comme
partition, les gravures et sculptures dénudées,
laissées par les aînés sur les racines des grands
arbres.
« T'es pas comme nous ! »
« Enlève ta main de mon épaule,
veux tu ? »
Même ses phrases il ne les a qu'imaginées, il n'a jamais osé parler, et encore moins toucher l'un des siens.
La senteur musquée d'une bauge de sanglier, le parfum de la sève verte des frênes, la chaleur du rayon de soleil, au travers des feuilles qui lui réchauffe les jambes, le vent, encore frais qui fait glisser ses cheveux le long de sa joue, l'invitent à jouer sa musique, mais, ...
Des bruits, des voix, il se cache derrière le buisson le plus proche ; deux gamins arrivent au ruisseau.
Un éclat de soleil, se reflète sur la chevelure du petit bond, un éclair de rire sort le bouche du petit brun lorsque celui-ci dérape sur une pierre, que son pied tombe à l'eau.
Le jeune faune s'approche d'eux, cueille un brun d'ajonc et le met en bouche.
Le faune : « Bonjours ! »
Le petit brun : « Qui tu es toi ? »
Le faune : « Et toi ? »
Le
petit blond : « Maman, elle arrête pas de dire à
ma soeur de se méfier des êtres sylvestre ! »
Le faune : « Et pourquoi ? »
Le
petit blond : « Je ne sais pas. »
Le
petit brun : « Moi je sais : les satyres, vous ne pensez
qu'au plaisir et non à ses conséquences, c'est que
qu'il dit, mon papa »
Le faune : « Si
vous le voulez, revenez demain et je vous expliquerais les premières
notes de ma musique »
Et, il s'en va,
certain que son invitation a porté ses fruits.
Le jour suivant.
Le petit garçon brun arrive en mi matinée, nullement
surpris de voir le jeune faune allongé sur la berge, jouant
doucement avec ses pieds dans l'eau, mâchonnant un bout de
roseau.
Le garçon : « Salut ! »
Le faune : « Salut ! T'es venu seul ? »
Le garçon s'assoit près de lui : « Mon
copain il a pas voulu venir, je crois qu'il a peur de toi. »
Le faune : « Et toi, as tu peur ? »
Le
garçon : « Non. Hier tu as parlé de musique,
j'aime bien la musique. Tu m'apprendras ? »
Le
faune : « Oui. Ton nom ? »
Le
garçon : « Martin, et toi ? »
Le
faune : « Sylvain. »
Le jeune faune commence à
comprendre son rôle dans l'existence : éducateur,
initiateur.
Le jeune garçon, s'interroge : « Effectivement, je n'ai pas peur de cet être, et pourtant, au village, il semblerait que soit un lieu commun d'en avoir peur. Est-ce son odeur de terre mouillée après la pluie, l'apparente douceur de la toison qui recouvre son poitrail, le son mélodique de ses phrases courtes, qui font battre mon coeur un peu plus fort ? Lorsque je ferme les yeux, je l'entends. »
Le faune :
«
Tu es rythme, tu es tambour en ton sein.
Garde les yeux fermés, Martin.
Écoute
ton corps.
La musique, ce n'est pas que des
sons.
C'est d'abord une sensation,
En
ton fort.
Ne reste pas assis en tailleur,
courbé.
Allonge toi, douce est l'herbe et
Bon support. »
Et, baissant la voix jusqu'à chuchoter, faune poursuis :
« Et maintenant
dans ta main,
Imagine l'instrument.
Que
choisiras tu, Martin,
Guitare ou flûte de
pan ?
Ne choisis rien hâtivement,
Écoute le vent dans les feuilles.
Ne
choisis rien maintenant,
Écoute : l'eau
rigole.
Sur ta joue une herbe folle,
Pourrait te déconcentrer,
Le
frisson lorsqu'elle frôle
Ta peau, un son
oublié.
Ce frisson, Martin, je le
connais.
Ce frisson, Martin, imagine le
Démultiplier à jamais
Comme
une note, atonale »
Se
taisant, il continue à parcourir, la joue, le front, le cou du
garçon avec son roseau.
Sur la peau des bras du
petit, la chair de poule ondule comme une vague infiniment
renouvelée.
Puis il se lève, parcoure
quelques pas sans bruits et chuchote avant de se fondre dans les bois
:
« A demain, Martin. »
Le jeune faune, seconde vague
Au matin du troisième jour
Près du ruisseau, à l'orée de la foret,
Martin revient, le faune aussi.
Ils ne disent rien, s'approchent l'un de l'autre, se fixant du
regard.
Le temps est resplendissant, cela fait trois jours que le soleil du printemps chauffe cette contrée.
Les dernières plaques de neiges ont disparues, les fleurs blanches, bien éclosent, se voient concurrencées par les jaunes, qui percent sous les feuilles.Sur un signe de Sylvain, ils s'assoient au pied d'un arbre à
quelque distance de l'eau.
Matin : « Je .... »
Le faune :
« Oui ? »
Martin : « Bien
c'est difficile à expliquer, ... »
Le
faune : « Prends ton temps. »
Martin
: « J'ai beaucoup pensé à ce que tu m'as
dit, hier. J'ai même eu du mal en m'endormir. »
Le
faune : « Et ? »
Martin :
« Voilà, lorsque j'ai
ouvert les yeux, hier, tu était parti.
Et je me
sentais bien !
Tout autour de moi, m'amusait.
J'ai
entendu la musique des mouches qui volent,
J'ai ressenti
la couleur des ailes d'un papillon,
J'ai goûter à
l'odeur d'une pomme de pin verte tombée au sol,
Tout
me semblait note et son.
Et, dans la nuit de ma chambre,
j'ai eu peur.
Peur de ne plus ressentir cette
impression,
Peur de ne pas de revoir. »
Le faune :
« Nous
avons commencer à tisser un lien,
J'entends ici
qu'il pourra être puissant.
Je te demande
officiellement,
Veux tu être mon élève,
Martin ?
Toute musique avant de s'exprimer,
Est
d'abord intérieure.
Penser autrement, serait
leurre.
Je t'aiderais à la trouver.
Il
me faudra ta confiance,
Mieux qu'une permission.
Il
te faudra sans méfiance,
Apprendre tes
émotions.
J'aimerais tant te guider,
Au
long de ces années.
Celles de ton
enfance,
Celles de ta tolérance.
Tu
seras pour ce temps,
Mon instrument.
Réfléchi,
ne dis rien,
Veux tu être mon élève,
Martin ? »
Quelques mois plus tard, un soir de fin d'été
Le soleil est juste couché, le ciel est rose vif, vénus
brille déjà à coté d'un croissant de lune
pâle.
Sylvain est assis, Martin, à coté, la tête sur
son épaule.
Le faune :
« Vois tu
Martin.
Tu as acquis ta première note en écoutant
ton souffle sous mes doigts caressant ton bras.
La
deuxième, lorsque ma main a frôlé ton
cou.
Les suivantes, pour chaque vertèbres.
Tu
as perçus des rythmes lorsque nous courrions, main dans la
main, sur les rochers d'un versant, après un faon.
Tes
premières mélodies sont sorties en ressentant mon
souffle dans ton dos.
Les odeurs des fraises et
framboises sauvages que nous cueillons l'un pour l'autre ont données
des couleurs à ta musique.
Une harmonie certaine,
se dégage, lorsque tu souffles dans ces bouts de roseau.
Des émotions joyeuses transparaissent.
Tu
attireras sans contexte majorité de tes semblables.
Sans
aucun doute, tu les feras danser. »
Il poursuit :
« Je
te propose, Martin,
Maintenant d'aller plus
loin
.D'apprendre ce désir,
Précurseur
de plaisir.
Pour comprendre.
Soit demain valeureux,
Pour apprendre.
Dans quelques moments,
Nous
irons.
A l'aube, jour naissant,
Découvrons
.
Les cerfs fiers et grands,
Gémirons.
Des
ces sons ! Maintenant,
Dormons. »
Et Martin se nichant dans les bras de son
professeur :
« Bonne
nuit, prince des bois,
Les nuits n'étant plus
très chaudes,
En me chantant une ode,
Veille
à ce que je n'ai froid. »
Puis il éclate de son rire d'enfant :
« Je
ne sais pas si tu est une bonne fréquentation !
Si
je reviens à la maison en parlant comme ça, comme
toi,
mes parents ne me reconnaîtrons pas.
Que me feras tu voir exactement demain ? »
Le faune : « Le brame des cerfs. »
...
Le brame, à l'aube
Martin et le Sylvain, sont à quelques mètres d'un
grand mâle, de onze ou douze cors. La tête tendu vers le
ciel, un filet de bave à sa gueule, l'animal s'exprime de
toute la force de ses poumons.
Le faune : « Entends tu, Martin ? »
Martin
: « Oui, ... Je sens les vibrassions de son râle, à
même le sol, dans mes jambes. »
Le
faune : « Et que penses tu de cet animal ? De ce son ?
»
Martin : « On dirait qu'il a
mal, qu'il souffre. Mais son regard n'est pas un regard de douleur,
c'est un regard de fou ! »
« Vas,
Martin,
Par les pouvoirs qui sont les miens,
Ton
corps, quittes.
Vas, petit
Que la foret
t'y aide, apprenti,
Vole vers lui.
Que
ton esprit habite cette bête !
Que son désir
emplisse ta tête !
Vas, Martin,
Je
te retiens. »
Le garçon s'écroule dans les bras du satyre, qui s'assoie et le berce.
Quelques minutes plus tard, le garçons
ouvre les yeux.
Il se mets à pleurer, jusqu'à
hoqueter.
Le faune continue de le bercer.
Martin
se calme petit à petit, il s'endort même un peu.
Il
se réveille, calme et sérieux :
« J'ai
vu des images hors de mon age,
J'ai entendu des sons qui
parlent de passion,
Je commence à te comprendre
lorsque tu évoques le désir,
C'est de la
souffrance pleine de promesses,
C'est une douleur qui
promet un avenir .... »
Le faune :
« C'est bien
Martin, tu as parfaitement compris.
Il nous faut une
pause, une respiration.
Un silence musical, si tu
veux.
Je vais m'en aller, quelques jours, semaines, ou
années.
Je te laisse méditer et travailler
ta musique seul quelques temps. »
Il rejoint l'endroit où se tenait le cerf, il y a un
moment.
Le soleil, juste levé, l'illumine, et, il
disparaît à la vue du garçon.
Martin hurle : « NOOOOOOOOON ! »
Dans les sous bois le faune pense pour lui :
« Ah,
Martin,
As tu idée du désir qu'est le mien
?
A coté, celui de l'animal, n'est rien.
Vas,
Martin,
Je ne pourrais pas te laisser trop
longtemps. »
Le jeune faune, troisième et dernier volet
Plusieurs mois sont passés, depuis la séparation.
Nous sommes en plein coeur de l'hiver, une couche de neige recouvre
la totalité de la plaine et de la foret. Un froid sec s'est
instauré, et une bande de gamin joue à glisser sur le
ruisseau gelé et à se lancer des boules de neige.
C'est à se moment que Sylvain sort du bois, les regarde, s'avance vers eux. Les gamins reculent, sauf un, dont ont devine les mèches blondes sous son bonnet.
Le gamin :
« C'est pas ta saison ! Que fais tu là, l'homme des
bois ? »
Le faune : « Bonjour,
jeune homme. Peut être te souviens tu de moi. Tu es l'un des
ami de Martin je crois. »
Le gamin : « Euh,
bonjour, oui, Martin est mon ami. Mais depuis plusieurs mois, il ne
joue plus avec moi. Il erre avec sa flûte, il ne nous fait plus
danser, sa musique est trop triste. »
Le
faune : « Serais tu où je peux le trouver
? »
Le gamin : « Oui, il va
souvent vers la grotte aux fées, à la source du
ruisseau. Mais va t'en maintenant, tu fais peur à mes copains.
Laisse nous jouer. »
Le faune s'éloigne, remontant le cour du ru gelé, et
les rires et cris des gamins, ne mettent pas bien longtemps, à
reprendre comme avant.
Il avance, et entend, d'abord comme une plainte, quelques pas de plus, c'est un chant, un pleur cependant, il met un temps à reconnaître qu'il s'agit d'une flûte, lui ! Et Pourtant.
Il pense :
« L'élève
a dépassé, le maître ! En réfléchissant,
cela n'est pas étonnant.
Et tant que satyre, si
j'éprouve du désir,
je suis plutôt
assentimental,
si je vis et jouis des émotions,
les miennes et celles des autres,
je ne connais que peu
le sens des mots humanité, amitié et
amour. »
Et il avance encore, vers la source des sons. Aucun doute pour lui, il s'agit bien de la musique de Martin.
Il se dit :
« Oh,
Martin, je pensais te faire mourir de désir, à mon
égard,
Et, au lieu d'une musique frémissant
l'impatience,
J'entends une douleur insondable.
Oh,
... »
Les notes se sont arrêtées, ses pensées aussi.
Martin est à deux pas de lui, assis sur une roche
gelée.
Un très long silence, s'en suit,
pas le moindre bruit. La petite bise n'est plus, pas le moindre
bruissement. Tout est figé. Même leurs yeux rivés
à ceux de l'autre.
Le faune rompt la pause :
« J'entends que tu souffres. »
Martin
: « Oui. »
Le faune : « Veux-tu
me dire pourquoi ? »
Martin ferme les yeux, secoue la tête.
S'il
n'était pas du tout préparé à la rupture,
il a eu le temps d'imaginer ces retrouvailles.
Il a
perçu l'envie du faune.
Il sait pourquoi celui-ci
lui à fait comprendre ce qu'est un désir
bestial.
Lui même, malgré son jeune age, s'est surpris à avoir une douloureuse tension dans l'entre jambe, à la seule évocation de sa dernière leçon de musique.
Seulement, ses phantasmes libérateurs,
le portent plus vers les jeunes filles du village que vers son (ex ?)
professeurs de musique et de vie.
Martin, en ouvrant les yeux :
« Sylvain,
à moi de chanter maintenant,
Tu m'as appris bien
plus que les notes,
Une musique autre, bien plus
haute,
Tu m'as appris à être
vivant.
J'ai aimé tes caresses,
Comme
des caresses,
J'ai aimé être dans tes
bras
,Lorsque j'avais froid,
Je me suis
enivré de ton odeur,
Sauvage.
Je me
suis régalé d'un bonheur,
Bien
sage,
Du moins le croyais-je.
Je ne
savais pas.
Comme un enfant se doit,
Que
pour toi, désir est loi.
Si mes sons
pleurent ici,
C'est d'avoir compris,
Que tu
ne m'a point quitté,
J'attendais de te dire : je
vais m'en aller.
Pas de suite, cependant,
Je
dois reconnaître que tu ne m'as rien caché,
De
ta nature, de tes penchants.
J'ai pour toi un
marché.
J'aimerais te l'expliquer,
Là,
dans la grotte aux fées,
Où, seule une
dernière fois,
Tu me serreras dans tes
bras. »
Dans
la grotte, quelques brindilles flambent.
Devant ce feu,
le jeune faune tient Martin dans ses bras, sur ses genoux.
Martin, se laissant bercer, lui parle de l'avenir :
« Je
pense devenir professeur, de musique peut-être, de théâtre,
je ne sais pas encore, mais d'arts certainement.
C'est
toi qui m'a donner ce goût.
J'aurais pleins
d'élèves, des petits et plus grands.
Mes
leçons seront probablement plus classique que les
tiennes.
Et lorsque des garçons, plus sensibles
que les autres se présenteront, je te les enverrais.
Tu
leur enseigneras, comme tu l'a fais avec moi, les émotions.
Grâce
à toi, même si je t'en sens toi même peu capable,
ils connaîtrons un arc en ciel de sentiments.
Promets
moi juste ceci :
Tu ne forceras aucune chose, ta seule
séduction sera la vérité.
Il se
pourra que parmi ceux là, l'un soit plus attiré par toi
que moi. »
Ils restent un peu comme ça, le faune ne dit rien, il n'y a rien à dire.
Ils se quittent, un dernier regard tient lieu
d'adieu.
Martin retourne à son village, moins triste, maintenant qu'il a dit, ce qu'il avait à dire.
Le
faune retourne à sa foret, avec juste assez d'espoir pour
calmer son désir, qui l'aurait sinon depuis longtemps
consumés.
--ooOoo--
PeLF
Comments
Merci pour ce moment
j'ai bien aimé cette histoire
bonne soirée